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DE L'ÉCRITURE DU CODEX DE L'ŒIL NOIR

Je t'ai déjà présenté par le passé ce qu'est et sera le Codex de l'Œil Noir (tu peux retrouver l'article ici), je voulais aujourd'hui te parler de son écriture et des défis qu'il impose. J'aurai pu, et cela aurait été aisé, accumuler un glossaire repris du future Vade-mecum des Arpenteurs, mais je tenais à ce que chacun des codex, chacune des archives qui y trouve place ait son importance. Que cela soit pour Les Quatorze Sceaux de Blanche Ombre, le premier des recueils de nouvelles, ou encore Ünwayrthan, le premier des romans, chaque texte, chaque missive est une chandelle supplémentaire apportée à l'éclairage du récit. Mais, Arpenteur, ne te méprends pas, annexes nombreuses ne signifie pas texte obscur, cela signifie que tu ressortiras de cette lecture, plus sage encore qu'à l'instant de ta découverte du mythe.

 

Chaque fragment de la mémoire des royaumes est pour moi un exercice de style. Il eut été non pas facile mais bien naturel pour moi de garder le même ton et la même langue dans chacune de ces archives. Or, leur diversité m'impose précisément le contraire. Chaque section même du Codex l'exige. En effet il ne serait ni logique ni bon, à mes yeux, que le rapport d'étude d'un Érudit et le carnet de bord d'un naturaliste, ou encore la lettre d'un être aient le même ton. Les Terres d'Ilhyya sont un univers vivant. La voix de tous doit être représentée. L'exercice parfois se révèle difficile et c'est précisément cela que j'aime. Je veux absolument te livrer, comme tout écrivain qui se respecte, le texte le meilleur possible. Alors pour le codex je ressors ma casquette d'archiviste de la langue, d'explorateur des dictionnaires.

 

Il est des sciences comme du Verbe. Chaque chose se doit être nommée et bien nommées, avec toute la précision qui se peut être. Je plonge avec délice dans les pages parfois jaunies et fleurant bon les temps anciens de dictionnaires et d'encyclopédie ayant plus de soixante ans d'âge. Cela est peu certes mais pour mes recherches je privilégie, autant que faire se peut, le papier aux écrans. Je m'en vais traquer l'étymologie, le terme juste que j'explique toujours quelques fois avant de faire confiance à ta mémoire et à ton esprit. Tu m'objecteras certainement que les mots que je cherche peuvent ne pas exister, alors je me fais fort de les construire et bien sûr d'en dire le sens.

 

L'écriture du Codex des Quatorze Sceaux de Blanche Ombre se poursuit, à l'heure où je t'écris ces quelques lignes, par l'étude des marais et marécages, de leurs lieux, de leurs natures etc. Un nouvel exercice de style, une nouvelle voix à faire résonner. L'archive précédente me faisait rapporteur des mille apparences des dieux, me voilà topographe (dieu que ce mot est laid il faut que j'en invente un plus euphonique). Puisses-tu trouver dans tes lectures autant de plaisir que j'en ai à l'écrire.

 

Illustration "Winter Forest" de Jan Doležálek


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