Neuf êtres, hommes, bêtes, esprits et créatures m'accompagnent chaque jour avant que de franchir les portes des Terres d'Ilhyya. Ils sont de tous les royaumes et d'aucun à la fois, immobiles et
pourtant infiniment vivant dans mon esprit. Neuf figurines de résine imprimées que je garde par devant moi. Elles sont des profondeurs océanes, des terres de feu, des bois et des plaines, de
toutes les grandes terres. Elles me sont compagnons de plume, amis et confidents à qui je révèle les secrets des récits que ma plume grave sur le papier. De la naissance des légendes ils sont les
premiers spectateurs, les premiers témoins. Si vous les pouviez voir je vous dirais qu'ils sont maîtresse baleine antique des landes azurées, minotaure prompt au combat, ours en armure hurlant,
qu'ils sont les gardiens de la porte.
J'aime souvent à les changer de place, à les regrouper puis à les mettre en scène. Et de ce jeu de marionnettes jaillissent de ma mémoire et de mes idées les pensées d'une scène qu'un de mes
grimoires accueillera. De nouvelles créatures naissent lorsque je les meus, lorsque je les contemple, peignant en esprit le tableau de l'un portant l'armure de l'autre, du roi escargot borgne
tenant entre ses mains baveuses le sceptre des anthromycètes, du chevalier ailé volant au côté du dragon.
Ils sont tout à la fois le symbole de mon passage vers les Terres d'Ilhyya où je retrouve Uul mon simiesque compagnon, où je retrouve les salles et couloirs de mon palais roulant ; et les
protecteurs de mes mots. De biens sots esprits objecteront qu'ils ne sont que jouets d'enfants, et c'est précisément parce qu'ils sont cela qu'ils me sont si chers. Car ils sont un autre des
mille moyens dont je dispose pour rêver et garder éveillé l'enfant qui est en moi. Ils sont lorsque je ne parviens à écrire, les voix, les murmures des muses. Tu me prendras pour un fou, je n'en
ai cure, mais je leur parle parfois, imagine leurs voix ou leurs cris, discours de ce que feraient ceux de leur peuple ou de leur lignée. Ils ne me répondent pas toujours mais leurs avis bien
souvent brisent le blocage.
D'autres, plus sots encore me diront qu'une résine grise n'est pas dignes de compagnons que je tiens en si haute estime. Cela est faux. Cette couleur grise est précisément ce qui les rends
unique. Je les pourrai peindre et les vêtir de couleur mais alors ils deviendraient d'immobiles statues, des trophées lorsque précisément je les veux compagnons d'errance et d'aventures. Ils sont
gris, dans mon esprit je les pare de mille couleurs fais peaux, pelages, écailles et chacun des détails de mille couleurs. Si je décide que le minotaure demain a toison écarlate je n'ai pas à
racheter une figurine ou à tout repeindre, il me suffit de l'imaginer. Et, crois-moi ou non, cela est infiniment plus facile et plaisant.
Mes gardiens gris, je ne les échangerai pour rien au monde et qui sait, l'assemblée des neuf grandira peut-être encore à l'avenir. Je ne m'interdis rien ni par le nombre ni par la taille. Mais si
un ou des gardiens doivent rejoindre l'assemblée ce sera car ils reflètent un des aspects des Terres d'Ilhyya, qu'ils en sont un écho. Dès que je ferai mes premiers salons je pense qu'ils
rejoindront mon stand. Je ne me vois les laisser tous attendre mon retour. Comme je te l'ai dit ils sont compagnons de secrets et d'aventure. Ils prendront le soleil et la pluie, seront les
passeurs de mots entre le visiteur curieux et moi. Et leur rôle grandira. De simples gardiens ils deviendront aussi passeurs.
Photographie personnelle des gardiens

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