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LES THÉRIANTHROPES, CES BÊTES HUMAINES

Elles sont les bêtes, anciennes protectrices ou voisines des hommes ayant fait le choix de l'apparence semi-humaine. Cela pour beaucoup en les royaumes semble être chose banale mais en vérité je te le dis cela ne l'est que fort peu. Car les bêtes des affaires des hommes ne se mêlent guère lorsqu'elles n'y sont pas impliquées. moins encore elles désirent ces apparences étranges, ces deux pattes faibles et sots obligés de se protéger de métal et d'armes pour se défendre en les terres sauvages. Pourtant m'objecteras-tu, certaines se firent protectrices, prononçant le serment qui les devait lier à ces faibles créatures. Et je te répondrai que tu as raison mais que cela ne survient que lorsque deux âmes entrent en écho et que cela est fort rare si l'on compte le nombre des hommes comparé à celui des bêtes. Plus rares encore sont celles qui, par choix, fol ou sage, choisissent de vivre selon leur apparence. Elles sont nommées thérianthropes et ont pour origines toutes les espèces connues et inconnues. Qu'est ce qui les pousse à cela? J'y viens, j'y viens.

Si les hommes paraissent faibles ils sont en revanche des esprits aiguisés (même si certains paraissent plus émoussés que les griffes d'un vieux tigre) capables d'inventer des solutions bien plus complexes et absconses que tous les simiesques personnages, que tous les maîtres corbins des cieux. Ils vivent en des lieux étranges; se terrent dans des habitations de pierres, de bois, de terre, de glaces même et possèdent d'étranges coutumes. Ces différences attirent les bêtes les plus curieuses mais le fait le plus étrange est que ces hommes, lorsque survient par malheur la mort de leur protecteur s'en trouvent parfois si affectés qu'en souvenir du lien ils quittent tout, abandonnent leurs possessions et vont, par la force du lien et de son souvenir, prendre apparence à demi bestiale. Ils n'étaient aux premiers âges que quelques uns que les caprices des temps et des esprits poussèrent à se rencontrer et à s'unir en un même peuple, le peuple de Llyw, dieu des bêtes qui avait comme eux connu pareille infortune.

Mais eux qui fuyaient la société des hommes se retrouvaient entre eux et cela ne leur seyait guère. Alors ils ouvrirent les hameaux et les bourgs primordiaux de leurs peuple à toutes les bêtes ayant perdu leur protégé. Ils choisirent de ne pas bâtir de havre et de les laisser aller et venir selon leur bon vouloir. Cette liberté offerte attira les âmes endeuillées et les créatures de toutes les grandes terres qui, observant, virent le lien des âmes non pas s'éteindre mais croître et parfois renaître, l'orphelin retrouvant protecteur, la bête de nouveau prêtant serment. 

C'est à cette époque fort reculée que les premiers des thérianthropes apparurent. Elles qui n'attendaient plus que le trépas se prirent à se souvenir des aventures, des périls, des terreurs et des joies. Elles virent, dans les eaux et les cieux le visage de ceux et de celles qu'elles avaient protégées, sentir en leurs forteresses intérieures s'ouvrir de nouvelles salles et dans les miroirs d'argent leur apparence changer, comme si le protégé et le protecteur ne formaient plus qu'un seul corps. Et elles aimèrent cela, s'y abandonnaient jour après jour jusqu'à parvenir à rebâtir le pont qui liait leurs terres des âmes.

Ainsi leur corps physique lentement changea, certaines ne gardèrent de bestiale apparence que leurs yeux, leurs serres, leur bec, leur pelage, d'autres se firent plus bestiales qu'humaines mais toutes portaient au fond de leur regard ce souvenir et cette étincelles des vies passées. Les thérianthropes alors rejoignirent le peuple de Llyw, apprirent, par amitié et parfois conflit les règles humaines, enseignèrent les lois primordiales des bêtes. Avec une lenteur infinie hommes et bêtes se confondirent en une même destinée, s'unirent d'un serment qui jamais ne fut prononcé mais que tous honorent depuis. 

Bêtes devenues humaines elles renoncèrent à protéger quiconque, honorant par devoir et cœur le souvenir de leur dernier protégé. Ainsi perdirent-elles le halo de Llyw qui permettait aux chasseurs de différencier un protecteur d'une bête sauvage. Alors c'est avec prudence qu'elles retournaient aux allures bestiales de leur naissances, parcourant les royaumes lorsque l'errance les appelait. Elles ne gardaient en ces temps aucune once d'humanité, ne reprenant l'allure humaine qu'au jour de leur retour. Certes cela est grand danger mais il est dans les tréfonds des âmes des natures que rien ne sait dompter et les thérianthropes ne font exception à cela.

Laisse moi te confier une dernière chose. les thérianthropes, en acceptant de devenir à demi humains, acceptèrent aussi les devoirs des hommes et se firent, de tous les gens du culte de Llyw les plus fervents défenseurs. Même après la chute des dieux anciens, même lors de l'âge du Silence elles demeurèrent actives, gardant les temples, accueillant quiconque se présentait et dans la sagesse de leurs lignées protégèrent sans même le savoir les royaume des Terres d’Éternité, royaume sauvage mais interdit aux hommes, terre sacrée des bêtes dont elles se fermèrent à jamais le portail par choix.

Complexes les âmes de ces bêtes humaines, longue leur histoire et innombrables leurs légendes. Elles sont de toutes les cités, de toutes les grandes terres mais si en chaque lieu tu les peux croiser souviens-toi l'ami que leur nombre demeure rare. Leur amitié est rare, chéris-la si jamais un jour tu venais à la gagner car alors tu serai plus riche que bien des hommes.

Illustration "The Gift" de Adrian Virlan

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