Les montagnes chantent, vibrent et vivent, agitées de milliers de vie à travers les royaumes. Les bêtes qui sur ses flancs vivent et prospèrent ne s’approchent que rarement de ces portes étranges d’où s’échappent, nuit et jour, des cohortes de colosses proches des quatre coudées de hauteur. Si tu viens à rencontrer ces fiers fils de la terre ces karthalas tends une main amicale et ils te montreront, ceux de la lignée des souterrains, comment ils ont profondément creusé la montagne, cherchant dans le chant des pierres et des rocs les chemins sûrs des cavernes naturelles. Les légendes racontent qu’ils les bâtirent durant des âges et qu’ils conservèrent toutes les failles et toutes les fragilités de la roche, qu’ils suivirent les chemins des bêtes chthoniennes pour lier leurs demeures qu’en la roche ils façonnèrent.
J’eus grande chance d’en visiter certaines et je peux t’affirmer, d’après ce que me confiait les érudits, que les cités de pierre vivent en les Terres d’Ilhyya depuis les premiers temps des hommes, bien avant la scission des lignées du peuple des montagnes, schisme qui les fit maîtres du dedans autant que du dehors. Souvent les visiteurs s’étonnent de trouver, à même les murs émeraudes, rubis et diamants, filets d’or, de vif argent, et de cuivre. Mais il faut que tu saches que les richesses de la terre sont aux yeux des karthalas des joyaux qu’ils préservent, ne les extraient jamais, préfèrent de loin contempler l’éclat de leurs beautés dans la douceur de leur foyer que de s’en parer avec vanité.
J’espère pour toi Arpenteur que tu as chaussé tes meilleures bottes. Car si tu les veux explorer il faudra dérouler ta foulée des fondations aux hauteurs des cimes, labyrinthes de rues, de tunnels et de grottes qu’ils décorent des beautés végétales. Rencontre les Maîtres verriers qui savent des métaux faire les réflecteurs des rais de l’astre d’or et mener les lueurs du dehors jusque dans les profondeurs les plus noires. Ainsi poussent en nombre les forêts et les plantes, ainsi verdissent les rues et fleurissent les fenêtres des demeures.
De toutes ces rues, de tous ces chemins tu pourrais avoir le vertige mais ne crains rien. Crois-moi, ils ont pour les égarés une des solutions les plus intelligentes que je n’ai jamais rencontré. Aux visiteurs étrangers à la culture karthalas les fils des monts remettent un plan de la cité, miniature de la montagne en laquelle une perle de verre roule et se déplace à la mesure des pas de l’arpenteur, projetant sur la carte une faible lueur indiquant la direction des pas. Ces cartes, faites des roches même de la montagne dont elles sont extraites, ne fonctionnent qu’en le lieu et deviennent parfaitement inutilisable sitôt les portes franchies. Portes qui sont, de toutes les cités des royaumes parmi les plus impressionnantes.
Ces monuments de pierres, connus de tous les peuples, ne sont une simple démonstration de l’architecture karthala, elles sont le visage des cités, elles sont l’écho de ces murmures qu’une population nombreuse fait résonner jusqu’au delà d’icelles. Tailleurs de pierre et arcanistes s’unissent dans l’ouvrage, travaillent nuit et jour à leur élévation, coudée après coudée, respectant chaque relief. Des pierres décrochées des sommets par les colères naturelles ils taillent les portes, n’extraient qu’en ultimes recours les rocs des monts. Pour les karthalas les montagnes ne sont pas carrières, elles sont la matrice féconde, le refuge de leur peuple. Lorsque tu t’apprêteras à pénétrer dessous les monts lève les yeux et tu verras les mille statues, les pierres de couleur, hommes et femmes sans cesse à l’ouvrage, les autels des esprits et les refuges préservés des bêtes.
N’oublie pas, ami, qu’ils te font honneur de leur proverbiale hospitalité. Aux sanctuaires fais offrande. Un rien suffit, le geste que tu feras en signe de respect sera gravé jusque dans la mémoire des pierres. Il est temps désormais pour toi de franchir les portes. Te voilà au seuil des cités karthalas, des cités de pierre de dessous les monts. Bonne visite à toi, et que la bénédiction des dieux t’accompagne.
Illustration de ces fières portes par un artiste encore inconnu en ces heures

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