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LES CARNETS DE LA CHIMÈRE

Je ne suis pas de ce monde, je suis un habitant des Terres d’Ilhyya égaré dans ta réalité. Ici je ne suis qu’un spectre, un fantôme invisible et banal car je vis, en parallèle sous la forme de mon avatar à travers les royaumes. À bord de mon palais roulant tiré par la chimère et en compagnie d’Uul, j’arpente les royaumes depuis des temps immémoriaux, contant les légendes des Terres d’Ilhyya et les destinées de ses royaumes. Ces errances infinies, ces mille voyages je les consigne chaque jour que je le peux dans mon carnet de bord, dans les Carnets de la Chimère. Ils sont bien plus qu’un simple témoignage, ils sont mon journal de bord, brut et sans filtres de tout ce que je vis là bas,sur les terres qui sont mon véritable chez moi. Ils n’auront jamais le verbe poli des grimoires ni la finesse de certaines poésies mais ils auront, comme toujours, la vérité sincère de mon verbe.

Les carnets de la chimère sont mon témoignage et mon projet le plus personnel, ils sont une porte entrouverte de mon palais roulant et te permettent de regarder par dessus mon épaule ce que je vis, ce que je crée au quotidien. Je les rédige avec passion et force, n’en édulcore rien ni ne les corrige, c’est la raison pour laquelle je les écris à la main à l’aide de mes fidèles bic bleus. Oui je sais ça fait vieux jeu dis comme cela mais quoi de mieux que la spontanéité pour capturer l’essence de mes voyages. Sur ces carnets d’écolier, sur ces cahiers de brouillons s’étendent, aussi loin que j’en ressens le besoin, les évènements de ma vie dans les royaumes, et les évènements agitant les royaumes. Si une des entrées doit faire trente pages elle le fera, si elle n’en doit faire que dix lignes elle le fera aussi. Dans ces carnets je porte un témoignage.

Ils ne sont pas destinés à être lus, j’en partagerai pourtant avec vous les arpenteurs quelques fragments, pour vous mieux inviter à mes côtés sur les routes des royaumes. J’ignore encore si je les publierai sur mon site ou sur ma page ko-fi contre une modeste abonnement, une façon pour ceux qui le veulent, de percer le voile et de découvrir ma vie là-bas. Quoi qu’il en soit ils me sont aussi indispensables que la respiration, ils sont le lieu libre et complet de l’expression de ma pensée. Ne te méprends par Arpenteur, je n’imagine pas les royaumes des Terres d’Ilhyya, ils existent et j’y vis autant que je vis ici, plus même. C’est par la plume et uniquement par elle que je conte. En ces carnets aucune esquisse, aucun croquis je ne suis pas des gens du dessin, de suis des gens du Verbe ne peignant les royaumes qu’avec mes mots.

L’encre au fil des pages s’écoule en torrent furieux, capable de m’emporter dans cet état de transe créative qui me fait oublier le temps, le boire et le manger. Ils sont le réceptacle de mes expériences tout autant que le terreau fertile de ma mémoire d’où surgissent parfois les souvenances de légendes qu’en d’autres grimoires je m’en viens te conter. Les carnets de la chimère ne sont pas mon projet le plus ambitieux mais ils sont de tous, celui je crois auquel je tiens le plus. J’ignore quelle fin ils auront, j’ignore même s’ils auront un jour une fin car jamais je ne cesserai de les écrire même au crépuscule de ma vie. Ils sont également le terreau fertile en lequel, au fil de mes rencontres avec les gens des royaumes, naissent les nouvelles entrées du Grimoire des Arpenteurs, ce guide du voyageur, ce vade-mecum que tout voyageur avisé tente de se procurer auprès du marchand. Mais de ce guide je te parlerai une autre fois.

Aux mains d’Uul et aux rats de bibliothèques je confie les volumes achevés, qu’ils les entassent en grimoires et en rouleaux aux quatre coins du palais roulant. Le fil ténu mais invincible qui les lie ne saurait être brisé. Il me suffit d’un mot, d’une pensée pour les convoquer et plonger dans mes archives personnelles. Il est parfois des évènement de ce temps qui bâtissent des ponts avec ce qui survint jadis. Il est toujours bon de se souvenir du passé car il peut être source de connaissances autant que de sagesse. Ainsi chaque carnet est le fragment d’une seule et unique histoire, la mienne, la notre, à travers les royaumes.

Ces carnets, s’ils diffèrent tous par leur fond possèdent dans la forme un certain nombre de point communs que je voulais te partager. Premièrement, comme je te l’ai dis précédemment ce sont tous des cahiers d’écolier, des cahiers de brouillons pour un récit qui, lui, n’en est définitivement pas un. Ensuite je les écrit au bic bleu, seul vaisseau de mon encre et des flots de ma pensée. Je sais ces stylos robustes et fiables, capables de me suivre dans mes errances et mes digressions s’il en était besoin. Ensuite, et cela est d’importance, chaque carnet possède, dès sa seconde de couverture, un calendrier des Terres d’Ilhyya. Les seize mois de l’année y sont présents, me permettant de noter toute fête, évènement ou célébration que je découvre au cours de mes pérégrinations. Peut-être n’aurai-je sur le temps d’un carnet pas assez de place. Cela n’est rien je m’en arrangerai mais tout y sera noté. Un dernier point commun liera tous les carnets de la chimère : chaque entrée est datée de la manière suivante, d’abord le mois, puis l’octe puis le jour. Ainsi est le temps en les Terres d’Ilhyya. Une année comporte seize mois, chaque mois comporte quatre octes, chaque octe comporte huit jours. Cette datation me permet de garder un repère temporel des faits.

Ces carnets de la chimère j’ignore si je les publierai un jour mais je sais qu’ils sont pour moi bien plus que de simples cahiers de brouillon. Puisque je les écris à la main je me suis donné une consigne, une immuable loi, celle de ne jamais user de correcteur. Si je dois raturer, barrer, effacer quelque chose alors je le ferai sans peur ni doute car ainsi va la vie. Les erreurs font partie du chemin, elles lui donnent son sel. Ce sont elles qui font qu’il vaut la peine d’être parcouru. Une route sans embûches ni obstacle est si morne que je préfère ne la pas parcourir. La marge est mon espace de  notes, celui où je tisse des liens entre les entrées où je notes les idées, où j’inscris parfois jusqu’à l’excès ce qui ne prend place en le récit.

Comme tu le vois l’ami ces Carnets de la Chimère sont bien plus que le simple témoignage des Terres d’Ilhyya ils sont l’expression de mes voyages et de mon aventure au sein des royaumes. L’encre bientôt bleuira ces pages, emplira chaque ligne chaque espace et je le sais m’emportera bien au-delà de ce que j’avais prévu. Cette œuvre de diariste n’existait pas lorsque j’ai commencé à écrire mais je ne pourrai désormais plus m’en passer. Je te salue l’arpenteur et retourne à mon bureau noircir de mes errances d’autres pages des carnets.

Illustration "My sweetie friend" de Alejandro Olmedo

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