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ENTRE ARCANES ET MÉMOIRE, LES ARTEFACTS DES ROYAUMES

Nés à l’aube des temps, bien avant celui des hommes, nés aux premiers âges, lorsque bêtes et créatures seules peuplaient les royaumes ils sont les gardiens d’une essence immortelles. Qu’ils soient fragment d’écorce des arbres sacrées ou arme divine par les titans créées, pelisse miteuse ou lance d’aranth, simple éclat de roche ou montagne aux colères ardentes les artefacts à travers les royaumes gardent mille apparences. Aux outrages du temps condamnés innombrables furent ceux que ce fleuve indomptable enfouit dans les profondeurs de son lit tandis que d’autres naissent encore en ce jour et d’icelui jaillissent.

 

Si la foi des peuples fait le pouvoir des dieux et déesses d’Hélios, elle ne peut contre les artefacts rien et ne les affecte en aucune façon. L’essence des artefacts, l’instant précis de leur création fait leur puissance. Imbus d’arcanes ou totalement dépourvus ils ne possèdent tous de matérialité. Parmi les plus anciens et les plus puissants des artefacts connus se trouvent nombre de sortilèges et de légendes dont les mots des langues anciennes ne se murmurent qu’en lointains échos. Les arcanes des fous, disent les légendes, courent en eux, souvenances et puissances oubliées de la mémoire des hommes, puissances bestiales que seuls quelques êtres aussi vieux que le temps connaissent encore.

 

De toute chose Arpenteur prend soin car qui sait si là, au fond de ta besace, ne reposerait pas l’une de ces reliques. Au fond des sombres tavernes, dans les ruines des temples, dans les caves humides certains se rassemblent devant ces reliques qu’ils qualifient de sacrées, les portent en procession à travers les cités et les royaumes, tuent quiconque tenteraient de s’en emparer mais, à toi je le peux confier, ces artefacts n’ont rien de sacré. Ils sont nés du croisement des fils de la destinée, ils sont apparus sans raison, fruits de la chance autant que du hasard. Il n’existe, de ce que nous disent les Érudits, aucun artefact qui soit lié à la noblesse du cœur ou à la couleur de l’âme. Les artefacts ne sont qu’objets pouvant entre toutes les mains tomber. Et cela ne les rends qu’infiniment plus dangereux. Imagine la faux de la déesse de la Vie tomber entre les mains des assassins, imagine le cœur de cendre ravager les bois anciens des sylviles. Je n’ose imaginer plus grand péril. Il existe, au sujet des artefacts, mille légendes qu’aux soirs des Veillées quelque conteur t’a transmise, il vit à leur sujet mille histoire mais il n’appartient qu’à leur porteur de la compléter.

 

Ils semblent fabuleux, légendaires, ne le sont guère plus que toi et moi je te l’affirme. Mais prends garde Arpenteur à cette folie de l’esprit qui te fait voir en chaque chose un artefact. Tu me demanderas sans doute comment les distinguer. Ma réponse sera claire, tu ne le peux, aucun sage ni aucun arcaniste ne le peut. La grande Déesse elle-même en serait incapable. Les artefact durant des âges dorment et sommeillent jusqu’au jour de leur éveil. Ils ne survient jamais trop tard, ni trop en avance d’ailleurs. Ils s’éveillent précisément au jour prévu et rayonnent de toute leur force, retrouvent le chemin de l’aube des temps, se lient aux pouvoirs d’Ilhyya et gravent dans sa mémoire toute la leur, rendant à la déesse les souvenirs oubliés des temps jadis.

 

Aux marchés des grandes cités tu trouveras camelots et bateleur vendant à prix d’or un unique objet, réclamant pour son acquisition plus d’aranth que la terre n’en contient, réclameront trophées et sortilèges de cinquième rang pour paiement. Ne te laisse pas abuser. Ils ne te vendent que du vent. J’ai vu lors de mes errances trop d’aventuriers risquer leur vie et disparaître pour les acquérir. Prends sièges et, par quelques vitres de taverne observe ces escrocs renouveler leur stock sitôt que cet exemplaire « unique en tous les royaumes » est vendu. Beaucoup finirent dans les geôles, certains au gibet mais qui sait peut être certains possédaient-ils sans le savoir certaines de ces reliques.

 

En certains endroits reculés et sauvages des royaumes vibrent et vivent, entourés d’esprits et de bêtes, des artefacts éveillés attendant bun évènement précis qu’aucun sage ne peut nommer. De ces lieux s’échappent les puissances arcaniques sans limites. L’air y est saturé d’arcanes, les sortilèges y naissent et meurent sans un mot. Les héros et les malandrins s’y pressent avec hâte, certains de s’emparer avec aisance de ces fruits mûrs prêts à être cueillis mais aucun jamais ne revint avec un artefact. Ils semblent figés dans le temps et l’espace lui-même, pierres d’éternités que rien ne semble pouvoir mouvoir. Ne crois pas aux prophéties, aux oracles de pacotilles, nul ne sait pourquoi ils se sont éveillés. En revanche si tu les veux découvrir et les admirer leurs emplacements sont connus de quelques initiés et de vieux arpenteurs chevronnés. Je t’introduirai auprès d’eux si tel est ton souhait.

 

Alors commencera pour toi une aventure dont l’issue te changera à jamais j’en suis certain. Mais ceci est une autre histoire.

Illustration "Scroll of Fate" de Piotr Dura

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