Il est des noms des grimoires comme des vents de l’azur. Certains soufflent toujours dans la même direction d’autres changent parfois. L’Ombre des Trois Pics était et restera mon premier roman
publié, écrit entre 2017 et 2019. J’en suis fier mais après quelques années, le relisant, j’ai décidé de sa réécriture dont je te parlerai très bientôt. L’œuvre s’agrandit et mon regard sur elle
change au fil des heures de travail. Ce qui me semblait au départ une merveilleuse idée, c’est toujours le cas au fond de moi, laisse petit à petit la place au doute et à l’envie de faire
résonner en écho le titre et le texte plus encore que je ne le fis jadis.
Lors de la réécriture je fis en complément de ma plume de nombreuses recherches qu’elles fussent techniques, lexicales ou encore linguistiques. Amoureux des mots et souvent de leur étymologie je me sers de cette origine des mots et de leur construction pour nommer certains concepts. Les néologismes, s’ils sont bien construits peuvent être d’une redoutable efficacité. C’est lors d’un de ces exercices que je me rendis compte du manque dont souffrait le titre du roman. Il évoquait certes un mystère et le lieu de l’action d’une bonne partie du roman mais il ne disait rien de son personnage principal ni de son dessein. J’extrayais alors de mon récit l’essence de cette destinées que je résumais en trois mots : Chaos – Transformation – Destruction. Ces mots, parcourant le web les traduisit en mille langues plus rares les unes que les autres, les combinant sans jamais parvenir à une heureuse harmonie. Le Gotique, toutes rugueuses que soient ses sonorités me plut immédiatement et un nom apparut comme une évidence, un nom qui allait changer jusqu’à ma façon de concevoir mon propre roman: Ünwayrthan.
Il devint aussitôt clair dans mon esprit que ce nom, ce mot, ce simple mot devait devenir le titre de ce roman. Je t’épargnerai les cent mille idées qui alors traversèrent mon esprit nous ne
sommes pas là pour parler de cela. Ünwayrthan était né et avec lui la métamorphose du récit, un nom rare et précieux, un mot de la langue des Anciens aujourd’hui parlée par une poignée d’êtres à
travers les royaumes et qui dans les grimoires de savoirs et de sagesse signifiait beaucoup de choses. S’il est un mot ancien il me faut t’en donner la raison de ce choix ainsi que le squelette
de ce mot. Je voulais à travers ce titre et ce mot transmettre l’idée que le Chaos n’est pas qu’une simple force de destruction mais un chaudron de vie plein de possibilité et de changement. Les
mots de gotiques furent retravaillés, découpés, assemblés, réassemblés jusqu’à ce que l’euphonie survienne. J’ai créé Ünwayrthan sur la base de trois mots :
1. ÜN- (Le Chaos) : Le préfixe de la négation et du renversement. En gotique, il ne dit pas seulement "non", il désigne ce qui sort de l'ordre établi, ce qui est informe, sauvage et
indompté.
2. WAYR- (La Destruction) : Inspiré de Wairths (la valeur/la forme) et de la racine de la force. Ici, la négation (Un-wayr) signifie la perte de la forme, l'effondrement de la
structure, la destruction nécessaire pour libérer l'énergie.
3. -THAN (Le Changement) : Issu du verbe gotique Wairþan (Devenir). C'est le suffixe de l'action et du mouvement perpétuel. Rien n'est figé, tout est en transition.
C’est l’instant précis où l’ordre s’effondre (Chaos) et où l’ancien monde se brise (Destruction) pour permettre à une forme nouvelle d’émerger (Changement). C’est la tempête qui ravage la forêt
pour que de nouvelles pousses puissent enfin voir le jour.
La légende de Kjarros, le bourreau alchimiste, méritait selon moi un titre plus grand et plus important que L’Ombre des Trois Pics qui m’apparaît désormais comme un sous-titre parfait mais non
comme titre. Il est ainsi des évidences qu’une plume ne doit ignorer. Ünwayrthan n’est que le premier d’une série de nom que j’introduirai peu à peu dans les récits, il est de tous les noms celui
que les titans eux-même ne voulaient en aucun cas voir inscrit dans les pierres d’éternité. Bien des sages désormais, bien des copistes et des imprimeurs devront retracer les lignes de ce nom, un
nom que les royaumes n’oublieront jamais.
Illustration "Sombre Grimoire" d'un auteur inconnu sur l'heure

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